Soirée d’information sur l’ouverture des 3ème et 4ème primaires à Nyon
L’Ecole MOSER: un exemple, un modèle, un laboratoire d’apprentissage des langues
Ancien professeur, journaliste et essayiste, José Ribeaud se veut un «lanceur d’alerte».
Invité de Pierre Cuénod, directeur de l’établissement de Nyon, lors de la soirée d’information du 14 octobre dernier sur l’ouverture des 3ème et 4ème primaires, il s’est appuyé sur son dernier opus – La Suisse plurilingue se déglingue – pour conforter les parents présents dans leur choix d’une scolarité axée sur le multilinguisme.
Non sans humour, monsieur Ribeaud a régalé le public de la Colombière d’anecdotes mettant le doigt sur les démons qui chahutent aujourd’hui le mythe d’une Suisse naturellement quadrilingue.
En cause? L’omnipotence des dialectes alémaniques, dont l’extrême vitalité mène à considérer le Hochdeutsch comme une langue étrangère, une mauvaise nouvelle pour les écoliers romands, notamment, dont l’amour pour la langue de Goethe n’est déjà pas très vivace. Est parallèlement pointée la montée en puissance de l’anglais, véhicule, certes, des échanges commerciaux et de la recherche, mais recours trop commode, voire ironique, à un tiers neutre et fédérateur n’ayant aucune légitimité historique. Enfin, l’immobilisme quasi général des écoles enfonce le clou: selon l’auteur, 1.5% des élèves seulement serait concerné par des échanges entre régions linguistiques en 2009, soit un maigre total de 15.000 privilégiés. En bref, repli identitaire, globalisation et indifférence accablent notre pays, pourtant riche d’une maîtrise potentielle des trois langues majeures européennes.
Fort de ce constat alarmiste, José Ribeaud situe l’avenir suisse dans les établissements plurilingues et la mobilité. Notre école, fondée sur l’apprentissage précoce des langues étrangères par immersion avec des professeurs dans leur langue maternelle, et sur les échanges, intensifiés depuis l’ouverture de nos classes à Berlin, est ainsi qualifiée de laboratoire modèle. Ce que souligne une mère dont les trois filles aînées sont inscrites à Nyon: «le choix de l’école MOSER s’est fait logiquement sur son offre linguistique. Je trouve génial que ma fille de 13.5 ans s’épanouisse indifféremment en français, en anglais et en allemand, alors que nous parlons hollandais à la maison, notre langue maternelle. C’est un plus pour son avenir professionnel, mais pouvoir communiquer avec les autres dans leur langue, les connaître et respecter d’autant plus leur culture représente un avantage certain sur le plan social.»
C’est d’ailleurs sur ce point qu’Alain Moser a insisté pour conclure le débat. Si la valeur économique du multilinguisme n’est plus à démontrer, rappelant au passage qu’un romand qui maîtrise l’allemand bénéficie d’une augmentation salariale moyenne de 23%, le côté affectif et émotionnel est fondamental. «Notre mission est de mobiliser les bonnes volontés», martèle le directeur général. «Nous devons susciter l’envie chez nos élèves grâce à des gens qui ont envie de partager, tout en leur offrant des conditions alléchantes. Ceux qui se sont rendus dans notre cycle berlinois ont regretté de ne pas mieux maîtriser l’allemand. Ce voyage a agi comme un électrochoc. Au retour, ils ont ouvert les yeux sur l’exceptionnelle richesse culturelle suisse… et redoublé d’efforts pour maîtriser les langues nationales.»
Octobre 2010
Camille Bozonnet